Paradoxe du triton

Cette illusion est très intéressante, puisqu'elle n'est pas perçue de la même manière par différents individus.


Tout d'abord, pour mieux la comprendre, il faut se représenter la gamme des douze demi-tons par un cercle. Chaque note de ce cercle est jouée sur cinq octaves différentes, alors il est logiquement impossible de déterminer si la note entendue est plutôt grave ou plutôt aiguë.


Cependant, écoutons cette illusion. On y entend quatre suites de deux notes. Chaque paire de notes est jouée avec un intervalle d'un triton, c'est-à-dire que les deux notes jouées se situent à l'opposé sur notre cercle. Par exemple, un do sera toujours suivi d'un fa#. On entend donc quatre tritons différents.


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Essayez de déterminer si chaque intervalle entendu monte ou descend ! Demandez à quelqu'un d'autre ce qu'il entend, ce qu'il vous répondra vous surprendra peut-être. Alors, ça monte ou ça descend ?


En fait, il n'y a pas de "bonne réponse" à cette question. Expliquons.

 

Rappelez vous le cercle de la gamme des douze demi-tons. Chez chaque individu, le cercle est orienté différement, ce qui fait qu'un do peut être aigu pour quelqu'un mais grave pour un autre.


Par exemple :

 

paradoxe-triton-1.jpg


Imaginons un individu ayant son "cercle" orienté avec le do en haut comme ci-dessus.


Cette personne entendrait les intervalles suivants descendants étant donné l'orientation (le plus aigu en haut, le plus grave en bas) :

            => do – fa#  ( C – F# )

            => ré – sol# ( D – G# )


Cependant, un autre individu ayant son cercle orienté avec le fa# en haut, comme ci-dessous, entendrait les mêmes intervalles différement :

Le do - fa# et le ré - sol# lui paraîtraient montants.

 

paradoxe-triton-copie.jpg


ligne.png


  • Expérience réalisée


Nous avons voulu tester cette illusion nous-même, afin de vérifier si on peut véritablement observer une différence de perception du son selon les individus.

 

Méthodologie

 

Pour cela, nous avons :

 

- sélectionné un panel de douze personnes parmis les élèves du Lycée. Notons que ce  panel comporte un nombre relativement modeste de personnes. Notre objectif n’était pas bien entendu d’obtenir des résultats exploitables en termes statistiques, mais simplement de valider la différence de perception

- Installé un poste d’écoute. Celui-ci était composé :

- d’un ordinateur

- d’un casque d’écoute stéréo

- fait écouter, dans des conditions strictement identiques,  l'enregistrement du paradoxe du triton à ces personnes.

 

Puis, nous leur avons demandé de schématiser ce qu'ils avaient entendu par des symboles :

 

- s'il avaient entendu un intervalle montant, ils notaient un +,

- s'ils avaient entendu un intervalle descendant, ils notaient un

L’enregistrement a été écouté plusieurs fois par chaque personne, ce qui nous a permis de tester la reproductibilité de l’expérience pour chaque personne.

 

Résultats obtenus

 

Ainsi, nous avons obtenu les résultats suivants :

 

- chaque individu a entendu la même chose à chaque écoute

- les différentes situations suivantes ont été reportées


tableau-2.png

 

On peut noter qu’une des personnes n'est pas parvenue à déterminer si le deuxième intervalle était montant ou descendant.

Il existe 16 possibilités

- 7 situations différentes ont été rencontrées

- 1 situation représente 1/3 des cas

- 3 situations représentent, ensemble, 2/3 des cas

- Le groupe le plus nombreux entend deux intervalles montants, deux descendants

- Les deux groupes suivants (en nombre) entendent 3 ou 4 intervalles montants.

- Au total,  30 intervalles montants sont perçus, pour seulement 17 intervalles descendants (et 1 mal perçu).

 

Conclusions et interprétation 

 

Nous en avons conclu que :

 

- la façon de percevoir une suite de sons peut différer selon les individus, des perceptions contraires peuvent être notées

- la façon de percevoir est propre à chaque individu, et ne dépend donc pas (du moins pas uniquement) de l’environnement d’écoute (tests effectués dans les mêmes conditions pour tous, et reproductibles pour un même individu)

- avec seulement douze tests, nous avons  obtenu six résultats clairement différents (sept en comptant le cas où l'individu hésite entre + et -). On peut donc imaginer qu’avec un nombre de personnes plus important, l’ensemble des 16 cas possible auraient pu être rencontrés.

- Au sein d'une population relativement homogène (« cobayes » choisis parmi les camarades du Lycée), une majorité entend des intervalles montants

 

La diversité des résultats obtenus nous permet de dire que l'illusion existe bel et bien. Nous ne proposeront pas d’interprétation différente de celle proposées par les concepteurs de cette illusion, mais nos résultats sont cohérents avec celles qu’ils proposent (voir plus haut).

 

- « cercle » des demi-tons orienté différemment pour chaque personne : autrement dit, chaque personne aurait son propre référentiel (point origine et axes) auditif. Les organes auditifs et leur fonctionnement étant fixés par l’anatomie qui est commune à tous, reste l’interprétation par le cerveau des signaux qu’il reçoit. L’expérience met en évidence que le cerveau a ses repères auditifs. La question est : quels sont-ils et comment se forment-t-ils ? de façon prédéfinie (génétique) ou/et de façon acquise (éducation)

- influence génétique ou/et culturelle probable (au sein de notre population relativement homogène, une tendance se dégage)

 

Extensions possibles de notre expérience


A partir des travaux sur le paradoxe du triton, des sondages ont été réalisés dans différentes régions du monde, et montrent que l'illusion a tendance à povoquer effectivement des perceptions différentes selon les populations. Ainsi, les Californiens et les Anglais présenteraient des cercles totalement opposés : le Fa# serait en bas chez les Anglais, et en haut chez les Californiens. Par ailleurs, il semblerait que la percepion des tritons soit également globalement identique au sein d'une même famille.

 

Ces constatations amènent à de nouvelles interrogations : La perception que nous avons des sons, et qui diffère selon les individus, est-elle en partie héréditaire ? Est-elle définie par les différences d'environnement sonore dans lesquels nous grandissons ? Varie-t-elle selon notre âge ? La musique et sa pratique, qui exerce notre oreille, peut-elle faire varier l'appréciation de notre oreille, et l'interprétation de notre cerveau ?

 

- un travail intéressant serait de rassembler, de façon systématique, différentes caractéristiques physiques (voire génétiques ?) et sociales des personnes soumises au test : en travaillant sur un plus grand nombre de personnes, des corrélations pourraient être établies

- essayer de travailler avec des enfants très jeunes, de façon à essayer de voir si, dans ce cas,  il y a réponse « privilégiée » ou non : l’absence de réponse « privilégiée » permettrait de mettre en évidence le rôle de «l’éducation » dans la perception auditive. Le travail avec des musiciens expérimentés permettrait de tester la situation opposée.

- il serait intéressant d’observer l’activité du cerveau des personnes soumises au test. Cela pourrait, par exemple, consister à faire, en hôpital, des imageries par résonance magnétique (IRM) de personnes pendant l’écoute de l’illusion : les mêmes zones du cerveau sont-elles activées pour les personnes donnant des réponses différentes ?

- il serait également intéressant d’étudier s’il n’existe pas de subtiles différences dans l’appareil auditif des différents groupes de personnes (l’imagerie médicale et ses progrès pourraient là encore être d’un grand secours)

- une autre extension possible serait d’étudier l’influence d’autres paramètres sensoriels (luminosité, existence ou non de mouvements autour de la personne pendant le test, température de la pièce, odeurs …) sur la perception de cette illusion

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